Les pacifistes aussi savent organiser des revues.
En voici une de la situation de l’objection de conscience dans les nouveaux
pays de la Communauté européenne à vingt-cinq membres.
Est-il utile de souligner que, lors des élections au Parlement de Strasbourg
(ou de Bruxelles !), aucune liste française n’a parlé de
l’objection ?
Cette totale déconnexion de la réalité par les députés
est symtômatique de sociétés malades du capitalisme.
Pologne : en 1988, c’est le premier pays de l’Est a avoir accordé un statut aux objecteurs de conscience. Curieusement elle était encore sous un joug militaire, et Solidarnosk représentait l’opposition. Ce statut était destiné aux pacifistes intégraux et aux membres de religions minoritaires. Il était refusé aux catholiques puisque la hiérarchie de leur église était opposée à l’objection. Les pacifistes ont dû soutenir des catholiques emprisonnés. Le groupe Objectors-Poznan, associé à l’International des résistants à la guerre (IRG), développe l’objection.
Hongrie : en 1989, le droit à l’objection était stipulé dans la constitution hongroise. L’obtention du statut a été plus difficile dans les années 90 : le nombre croissant des demandes affolait les militaires. Alba Kör (Mouvement non-violent pour la paix en Hongrie, section de l’IRG et membre du BEOC) accueillis le Bureau européen de l’objection de conscience à Budapest, où il est très actif.
République Tchèque et Slovaquie : elles ont connu leur premier statut en 1990. Le droit à l’objection étant précisé dans la constitution de cette année-là en Tchécoslovaquie. En 1991, il y avait 38 000 demandes de statut. Après la séparation en deux pays en 1993, ces dispositions ont été reprises, toutefois plus sévèrement afin de limiter le nombre des demandes.
Estonie, Lettonie et Lituanie : ces Etats
baltes ont reconnu l’objection en 1990, alors qu’ils étaient
toujours dans l’Union Soviétique, donc avant leur indépendance.
Il est à noter que les citoyens d’Estonie et de Lettonie sont en
majorité de tradition protestante, et ceux de Lituanie catholique, et
n’ont donc pas subi l’autorité de l’église orthodoxe,
opposée à la reconnaissance de l’objection.
L’Estonie et la Lituanie ont inscrit ce droit dans leur constitution.
La volonté de ces pays de se démarquer de la Russie et d’être
admis au Conseil de l’Europe, puis à l’Union européenne,
les a poussé à adopter les standards européens. Cependant,
Amnesty International pointe la durée pénalisante du service civil
en Lettonie.
Slovénie : elle a accordé un statut en 1991, en acquérant son autonomie vis-à-vis de la Serbie. Elle souhaitait se rapprocher le plus possible des pays de l’Ouest. Le droit à l’objection y a de plus été inscrit dans la constitution en 1995.
République de Chypre : la partie grecque,
est toujours en tension avec la partie Nord, autoproclamée république
turque de Chypre, la frontière étant gardée par les casques
bleus de l’ONU.
Les Chypriotes ont refusé le plan de réunification de l’île
proposé par l’ONU avant l’admission à l’Union
européenne. Chypre (partie grecque) a accordé la possibilité
d’un service militaire non armé en 1992. On peut espérer
que les objecteurs ont maintenant un statut réellement civil, puisque
c’était une des conditions de l’Union, mais des informations
sont attendues. Qui se souvient de l’affaire de l’insoumis Salih
Askerogul, incarcéré à Chypre du Nord, fiancé à
une femme de Chypre du Sud, alors qu’il se proposait d’aller vivre
au Sud où il aurait été également emprisonné
?
Malte : indépendante du Royaume-Uni
en 1959, elle n’a jamais subi depuis la conscription. Cependant, sa constitution
stipule qu’en cas d’établissement de celle-ci, le droit à
l’objection de conscience serait reconnu.
Maurice Montet
origine : Union pacifiste
Juillet 2004